Un client m'a dit : "on n'a pas vraiment besoin de cette journée"
Il y a quelques mois, un dirigeant m'a appelé pour organiser une formation IA. Puis il a hésité. Son équipe utilisait déjà bien l'IA, m'a-t-il dit. Alors à quoi bon mobiliser tout le monde une journée entière ?
On a fait la formation quand même. Et effectivement, la plupart des participants maîtrisaient le chat assistant. Certains écrivaient même de très bons prompts, mieux que ce que je vois dans beaucoup d'entreprises.
Mais à la fin de la journée, les retours ont raconté une autre histoire. Ces collaborateurs n'exploitaient qu'une fraction de ce que l'IA pouvait leur apporter. Le vrai déclic est arrivé quand ils ont découvert des IA personnalisées sur leurs propres données, sur leur métier, sur leur département, ou de simples agents capables d'automatiser certaines de leurs tâches. Ça a tout changé dans la salle.
C'est exactement l'écart que je retrouve, semaine après semaine, dans mes sessions de formation IA cadres. Une étude de l'APEC publiée cette semaine vient de lui donner un chiffre national.
En résumé
- 50 % des cadres français utilisent l'IA au moins une fois par semaine, soit 15 points de plus qu'en 2025 (APEC, 2026).
- Seuls 29 % des cadres déclarent avoir reçu une formation, contre 24 % en 2025 : l'écart se referme à peine.
- Deux tiers des cadres jugent la maîtrise de l'IA déterminante pour leur carrière.
- Deux tiers des grandes entreprises comptent exiger des compétences IA lors de leurs prochains recrutements de cadres.
- En France, seulement 3,4 % des offres d'emploi mentionnent l'IA, contre 7,5 % au Royaume-Uni (Indeed Hiring Lab France, avril 2026).
- Savoir utiliser un chatbot n'est pas la même compétence que savoir l'utiliser au travail : la différence se joue sur les données, les processus et les agents.
Formation IA cadres : ce que dit vraiment l'étude APEC
L'étude annuelle de l'APEC, publiée cette semaine, confirme ce que le terrain montre depuis un moment : l'usage de l'IA a explosé chez les cadres, la formation n'a pas suivi.
La moitié des cadres français utilisent désormais l'IA au moins une fois par semaine, contre 35 % un an plus tôt. L'adoption est plus forte chez les jeunes cadres (62 %) et chez les managers d'équipe (55 %). Les usages dominants restent classiques : stimuler la créativité, rédiger des documents, éclairer une décision.
Côté entreprises, l'encouragement progresse aussi vite : 70 % des grandes entreprises poussent désormais leurs collaborateurs à utiliser l'IA, contre 53 % dans les ETI et 45 % dans les petites structures.
Et pourtant, un seul chiffre résiste à cette dynamique : la formation. Seuls 29 % des cadres déclarent en avoir reçu une, contre 24 % l'an dernier. Cinq points de progrès en un an, quand l'usage en gagne quinze. L'écart se creuse plus vite qu'il ne se referme.
👉 Cet écart entre adoption rapide et formation lente n'est pas propre aux cadres : je l'observais déjà chez les développeurs et les jeunes diplômés dans mon article sur l'IA et la crise de la tech.
Savoir utiliser un chatbot n'est pas la même chose que bien l'utiliser au travail
C'est le point que je defends le plus souvent en formation, et sur lequel je ne transige pas : maîtriser ChatGPT n'est pas une compétence professionnelle. C'est un point de départ.
Un cadre qui écrit des prompts précis, qui obtient de bonnes réponses, qui gagne du temps sur ses emails, a fait un vrai progrès. Mais il reste au même niveau que n'importe quel particulier qui a appris à s'en servir sur son temps libre.
Le bon usage professionnel commence ailleurs.
| Niveau | Ce que ça permet | Comment on l'acquiert |
|---|---|---|
| Usage basique | Reformuler, résumer, générer une première version de texte | Tutoriels, réseaux sociaux, essais personnels |
| Usage intermédiaire | Prompts structurés, cas d'usage récurrents par métier | Sensibilisation ou formation généraliste |
| Bon usage professionnel | IA personnalisée sur les données de l'entreprise, agents qui automatisent une tâche | Diagnostic, formation métier, accompagnement sur mesure |
C'est exactement le saut qu'ont fait les participants de la formation évoquée en introduction. Ils sont passés d'un usage basique très correct à un usage professionnel qu'ils n'auraient jamais découvert seuls, en une seule journée cadrée sur leurs propres cas.
Pourquoi l'autoformation a ses limites en entreprise
Je le dis sans détour : s'autoformer avec des tutoriels ou du contenu type TikTok peut suffire pour des usages personnels basiques. Ce n'est pas un problème en soi. La plupart des cadres formés à l'IA aujourd'hui ont commencé exactement comme ça.
Le problème arrive quand cette autoformation devient la seule stratégie de montée en compétences d'une entreprise entière.
Un tutoriel de dix minutes vous montre un usage générique, pensé pour toucher le plus grand nombre. Il ne connaît ni vos données, ni vos processus, ni les contraintes de votre secteur. Il vous apprend à pêcher un poisson, jamais à cartographier votre rivière.
C'est là que se joue la vraie différence de compétitivité. Une entreprise dont les cadres se contentent d'un usage autodidacte reste au niveau 1 du tableau ci-dessus, indéfiniment. Une entreprise qui investit dans un cadrage structuré ouvre le champ des possibles : automatisation, gain de temps réel, avantage concret sur ses concurrents.
👉 Ce constat rejoint ce que nous détaillons dans notre comparatif formation catalogue ou sur mesure : le format générique a sa place pour sensibiliser vite, mais il ne transforme jamais les pratiques à lui seul.
Ce que les recruteurs regardent déjà
L'écart entre usage et formation n'est pas qu'un sujet de productivité interne. Il commence à peser sur l'emploi lui-même.
Selon l'APEC, deux tiers des grandes entreprises comptent désormais exiger des compétences IA lors de leurs prochains recrutements de cadres. Et 31 % des cadres en recherche d'emploi utilisent déjà l'IA dans leur recherche elle-même, soit deux fois plus qu'à la fin 2024.
Le marché du travail confirme cette bascule, prudemment. Selon Indeed Hiring Lab France, 3,4 % des offres d'emploi françaises mentionnent l'IA en avril 2026, loin derrière le Royaume-Uni (7,5 %) ou les États-Unis (4,9 %), mais en progression continue. Les métiers du développement informatique (21 % des offres), de l'administration systèmes (15,4 %) et de la banque-finance (12,4 %) sont les plus concernés à ce jour.
Ces chiffres restent modestes. Ils annoncent surtout une tendance : la compétence IA cesse d'être un bonus sur un CV pour devenir un critère de sélection, métier par métier, à mesure que les entreprises structurent leurs propres usages.
Formation IA cadres : la méthode pour passer à l'usage professionnel
Voici la méthode que je recommande à un dirigeant qui, comme mon client, se demande si une formation est vraiment nécessaire alors que son équipe "sait déjà s'en servir" :
- Mesurez le niveau réel, pas le niveau perçu. Un questionnaire court ou un diagnostic de maturité révèle presque toujours un écart entre ce qu'un dirigeant croit et ce que ses équipes pratiquent réellement.
- Cherchez les usages avancés déjà testés isolément. Il y a presque toujours un collaborateur qui a bricolé un agent ou connecté un outil à ses propres données, sans le dire à personne. Ce sont vos meilleurs cas d'usage de départ.
- Formez par métier, sur des données réelles. Un atelier construit sur les documents et les processus de l'équipe transforme un usage générique en usage professionnel en une seule session.
- Prévoyez un point de contrôle à 30 jours. C'est le seul moyen de vérifier si l'usage avancé a été adopté, ou si l'équipe est retombée sur ses habitudes de chat generaliste.
Cette méthode n'a rien d'exceptionnel. Elle demande simplement d'accepter que "mon équipe utilise déjà l'IA" et "mon équipe utilise bien l'IA au travail" sont deux affirmations différentes, et que seule la seconde compte pour le business.
Ce qu'il faut décider maintenant
Le vrai risque n'est pas que vos cadres n'utilisent pas l'IA. C'est qu'ils l'utilisent depuis un an sans jamais dépasser le niveau qu'ils auraient atteint tout seuls, chez eux, un dimanche soir.
Si la moitié de vos cadres l'utilisent déjà chaque semaine, vous avez un socle rare : une population motivée, sans réticence à convaincre. La question n'est plus de savoir s'il faut les former, mais de décider quand vous arrêtez de les laisser plafonner à l'usage basique.
Chaque mois passé sans ce cadrage est un mois où un usage autodidacte se fige en habitude, et où l'écart avec les entreprises qui ont structuré leur montée en compétences se creuse un peu plus.
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Sources & ressources
- APEC, Les cadres et l'IA - 2026, 2026 : usage hebdomadaire, formation et perception de l'IA chez les cadres français
- ESSCA / Forvis Mazars, Baromètre IA & Entreprises, 2e édition, présenté devant la délégation sénatoriale (24 mars 2026) : écart de formation IA entre PME françaises et britanniques
- Indeed Hiring Lab France, Avril 2026 : l'IA progresse dans un marché du travail en recul, avril 2026 : part des offres d'emploi mentionnant l'IA par secteur


